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A VOUS DE JOUER !

vendredi 15 juillet 2005

A Jean Charles Menezes, pour qu’il ne soit pas mort pour rien


Voir en ligne : http://virtualistes.org/edito22.htm

Guerre contre le terrorisme, libertés en danger bis repetita. Merci Al Quaeda and Co ! Merci aussi aux générations de « civilisés » qui les ont fait et les font exister par leur cupidité et leur désir de pouvoir et de propriété sans limites. Les deux boeings si symboliquement crashés dans les tours du Centre du Commerce Mondial un beau matin de septembre 2001 avaient donné le coup d’envoi d’une croisade lancée au pas de charge par les faucons et les fascistes qui n’attendait que le prétexte pour attaquer l’os de la démocratie déjà branlante. S’en était suivie un retour au sécuritaire-totalitaire dont on avait ici bas tellement perdu l’habitude que beaucoup se sont laissés prendre par surprise, ou presque, à leurs fallacieuses légitimations. Depuis une inquiétante inquisition vise pêle mêle les pas très riches et les pauvres des pays riches et les pauvres des pays pauvres, cibles désignées qui nourrit, forcément, les fauteurs de chaos sanglant. Tous les indésirables, les inadaptés, les pas d’accord et les subversifs. Le traitement est le même pour tous, pire pour les plus démunis que sont les "illégaux" . Tous se voient restreints si ce n’est dépouillés de leurs libertés au nom de la sacro-sainte sécurité, astreints à rendre des comptes si on le leur demande . Sacrifiez vos libertés essentielles, ne soyez pas trop regardant sur l’effritement de la démocratie, puisqu’il s’agit de la défendre. Bush avait alors dit « si vous n’êtes pas pour nous, vous êtes contre nous » et très peu avaient osé s’élever devant l’inutilité et l’iniquité de telles mesures. Peur de se distinguer de la masse pleurant les victimes, pulsion grégaire , ne pas dépasser, se conformer aux injonctions et intoxications médiatiques, Dieu est démocrate et tous pour « nous ». La bête a ressorti le nez de sa tanière, et tout le monde, ou presque s’est tu.

Ces terroristes sont sans pitié, ils veulent notre fin, psalmodiaient en choeur à l’époque nos politiciens, mains sur le coeur et doigt sur la gachette. Nous devons les éradiquer. Et pour ce faire nous devons pouvoir regarder vos communications, vous mettre sous surveillance constante – pour votre bien, rassurez-vous, pour votre bien. Nous devons pouvoir contrôler vos déplacements, vos achats, vos hobbies, vos pratiques religieuses, sexuelles, citoyennes. Et observez vos moindres comportements... on ne sais jamais... il y a tant de choses suspectes... et ces barabares sont si imprévisibles.... mais c’est pour votre bien, rassurez-vous, toujours et uniquement pour votre bien.

Et la population effrayée et consentante n’a pas protesté. Les lois scélérates sont passées comme lettres à la poste. La démocratie a reculé. Une fois leur oeuvre accomplie, les politiciens ont du malgré tout rendre quelques comptes. Et plus le moindre attentat pour légitimer leurs excès sécuritaires. Les médias, rendus sourds par les explosions sans doute, se sont mis à entendre de nouveau la voix des défenseurs des libertés – dont ils avaient étouffé l’écho à tel point qu’on aurait pu croire cru qu’eux aussi acquiéçaient. En quête de sensationnel, il leur ont à nouveau braqué leurs micros et leurs caméras sous le nez. Alors expliquez-nous ? Liberticide dites vous ? Certes, il y a des motifs d’inquiétude, mais ....vous n’exagérez pas un peu ?

On en était là – devisant fort civilement de la nécessité et du risque, des puces mouchardes dans les passeports, de l’identité absolue tellement plus rassurante, du pourquoi et du pourquoi pas du fichage systématique et croisé, criant à l’excès de contrôle de temps à autre. Mais celui-ci s’exerçant surtout à l’encontre des « illégaux » ou des « jeunes des quartiers », personne ne s’en souciait vraiemnt en ces temps de chomage et de futur en récession perpétuelle ?

Et l’attendu arriva, un beau jour de juillet 2005. A nouveau des attentats, au coeur de Londres, à nouveau le rituel collectif orchestré de la douleur, la grand messe décervelante qui ravive le sentiment d’appartenance à ce monde « civilisé » si libre, si juste, si enviable. Pour la servitude volontaire, signez ici , et taisez vous deux minutes... c’est pour les victimes. Nous tuerons tous leurs bourreaux, promis juré. Taisez-vous !

Dans les coulisses des médias, drivant discrètement les commentateurs-décrypteurs imbéciles d’une si belle actualité, les sécuritaires, toujours à l’affût, sont revenus distiller leur message : l’horreur qui fait peur, vous avez peur, ils sont méchants, si méchants, ils nous en veulent parce que nous sommes civilisés, mais rassurez vous nous ferons ce qui doit être fait, quoiqu’il nous en coûte. La démocratie veille, nous garderons toutes les traces de communications au cas où dans le foin on ait la chance de trouver l’aiguille. Nous mettrons des caméras partout, jusque dans vos entrées d’immeubles et vos chambrettes, parce qu’ils peuvent se cacher n’importe où. Nous les tuerons tous, vanat qu’ils n’aient le temps d’agir. Faites nous confiance et. taisez vous... deux minutes, c’est pour les victimes !

Trois jours plus tard ils ont mis à exécution. Ce que certains redoutaient, ce que certains prédisaient qui allait arriver lors de la première bouffée sécuritaro-délirante post 11 septembre, s’ est effectivement produit. A l ’époque, les quelques rares trublions audibles avaient dit : la guerre contre le terrorisme cache dans ses manches une autre guerre : celle contre les indésirables, les insoumis, les empêcheurs de commercer en rond., et les pauvres. Le risque intrinsèque à leur société d’hyper-contrôle, multipliant à son gré les little brothers dans l’ombre des réseaux, est que tout citoyen lambda est potentiellement suspect. Demain, il n’y aura plus qu’une fraction de seconde entre le terroriste-forcené-kamikaze et le "suspect". A la moindre incartade, pour peu que le pouvoir trouve prétexte à serrer la vis d’encore un tour, afin que tous se conforment au modèle, le "suspect" sera traqué, pisté, monitoré, passé au crible des programmes intelligents, désigné comme coupables et neutralisés.

Par un beau matin de juillet 2005, l’impensable dans une Europe en paix s’est produit. Le "suspect" s’appelait Jean Charles de Menezes, il était brésilien , il avait 27 ans et résidait au pays de la reine. , Jean Charles a été abattu comme un chien de huit balles dans le cerveau. Il s’était réfudié en courant dans le métro et il avait l’air terrorisé, rapporte un témoin dans Libération. Etait-il délinquant à la petite semaine, fumeur de pétard ou électricien au noir pour arrondir ses fins de mois ? Etait-il un consommateur passif, un humaniste amateur de salsa ou un dangereux rêveur d’autre monde ? On ne le saura jamais. Jean Charles n’est plus là pour nous le dire. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il était suspect, et qu’il a eu droit au sort réservé, en ces temps de peur bien entretenue, aux suspects. Neutralisé avant qu’il ne passe à l’acte, avant qu’il ne puisse dire "c’est une erreur". Le 7 juillet, malgré leur arsenal technologique de surveillance et leurs lois sécuritaires, les services de sa majesté et les autres avaient failli à leur mission proactive. Ils n’allaient pas ce jour là rater un suspect et le laisser filer, ou pire, déclencher sa bombe. Jean Charles sortait, dit-on, d’une maison suspecte. Il portait une veste trop chaude pour la saison. Tant pis pour lui. On lui a fait les sommations à l’entrée du métro, dit-on encore. Il a paniqué. Peut-être venait-il, comme tant d’autres, d’acheter un bout de shit dans le quartier pako. Peut-être a-t-il cru à une agression de petits fascistes anglais. Quand on a la peau bronzée, c’est courant. Ca lui serait arrivé peu de temps avant, écrit le Monde. Toujours est-il que Jean Charlesl a fait ce que beaucoup auraient sans doute fait à sa place. Bêtement, il s’est sauvé à toutes jambes, il s’est rué dans la rame de métro et aplati au sol, espérant que le train démarre. Vite ! Tant pis pour lui. Les hommes du maintien de l’ordre, eux, ont fait comme on leur avait dit : « shoot to kill ». Sans se poser de questions. Comme les américains avaient fait « shoot to kill » du haut de leur hélico sur un véhicule suspect en rase campagne, peu après New York. Comme les israéliens font « shoot to kill » tous les jours dès qu’ils se sentent « menacés ». Comme les Russes font « shoot to kill » sur tout ce qui ressemble à un tchétchène. Comme la police de Pasqua avait fait « shoot to kill » sur Eric Schmitt, dit H.B, Human Bomb illuminée et somniférisée qui venait de mettre sous enveloppe les petites coupures de sa rançon pour que les gamins de la maternelle et l’institutrice puissent partir en vacances. Comme avant le commissaire avait ordonné à ses hommes de faire "shoot to kill" sur l’ennemi public N°1 au volant de sa BMW. Sans remord, après tout ce ne sont que des islamistes, des palestiniens, des tchétchènes,des forcenés et des kamikazes, des terroristes quoi ! Force doit rester à la loi. La cible repérée doit mourir et tant pis si la grenade pète quand même, parce que bien sur le « shoot to kill » n’est en rien un remède à ce genre de menace. Juste une froide exécution qui n’empêche pas la rame de sauter et ses voyageurs avec.

Jean Charles de Menezes a agi comme un suspect, comme quelqu’un qui préparait un mauvais coup. Il a eu ce que mérite ce genre de citoyen. Huit balles dans la tête, pour détruire cerveau. Du boulot bien propre. La police s’est platement excusée. Une bavure. Demain, tout le monde aura déjà oublié son nom. Pas les suspects potentiels, les insoumis, les insurgés contre ces pratiques militaires qui infiltrent peu à peu la vie civile. Guerre au terrorisme, guerrilla urbaine, la différence est de plus en plus mince et la terreur – pardon l’ordre - doit régner au coeur des mégapoles mégalos.

Cette stratégie de la terreur – juste réplique et légitime défense face à la terreur importée par le camp adverse et entretenue par le tintamarre politico-médiatique - s’exporte doucement sous les yeux de tous. Et personne ne veut ni voir, ni croire. Les terroristes en savates, transformés en barbares par l’héritage de siècles de colonisation brutale et de domination économique, sont en train de gagner. La terreur réveille et révèle l’inhumanité des tyrans assoupis sous les costards trois pièces de certains démocrates. Demain, après avoir fait "shoot to kill" sur ceux qui refusent d’obtempérer, qui sait si ils ne sortiront pas les bulldozers pour raser les maisons des quartiers pako, algériens, ou marocains, les squatts des réfugiés irakiens ou somaliens qui auront échappé aux camps de rétention, et des dissidents de tous poils, en nous expliquant qu’ils abritaient de dangereux terroristes. Demain quand ils détruiront le cerveau de tous les dangereux suspects, peut-être vous sentirez vous menacés, peut-être serez vous une des victimes de cette terreur civilisée. Vous vous rappelerez alors de ce qui est arrivé à Jean Charles de Menezes, un beau jour de juillet 2005. Vous vous souviendrez que vous n’avez rien dit. Parce que vous ne vous sentiez pas concernés, parce ce que vous, « vous n’aviez rien à vous reprocher ». Et vous n’aurez plus que vos yeux pour pleurer sur les poussières de ces libertés dont vous pensiez que vous n’aviez pas à les défendre puisque la « démocratie » le faisait pour vous.


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